Congés payés en pharmacie d’officine : le guide ultime
On ne va pas se mentir : travailler en officine, c’est un marathon, entre ordonnances illisibles et ruptures de stock. Tu mérites donc de souffler, mais gérer ses congés payés est souvent plus complexe qu’une ordonnance de sortie d’hôpital un samedi soir à 19h.
Dates refusées, décompte obscur, ou planning qui change au dernier moment… c’est vite un sacré micmac.
Chez Epitop, on a décidé de décoder la convention collective avec une bonne dose de vulgarisation et zéro jargon imbuvable. On t’explique comment sécuriser ton planning sans finir au bout du rouleau entre deux délivrances. Attrape un café, on y va 🚀
1. L’acquisition des congés payés : ton trésor de guerre

Avant de rêver de plage ou de rando, il faut déjà remplir ta besace de jours de repos. Voici comment tu les gagnes :
Combien de jours de congés payés ?
Que tu sois pharmacien adjoint, préparateur ou même apprenti en alternance, la règle ne bouge pas. Tu cumules 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif. Au bout d’un an, tu te retrouves donc avec 12 mois x 2,5 jours = 30 jours de congés payés (soit les fameuses 5 semaines dont tout le monde parle).
Tu es à temps partiel ? Ne te laisse pas embrouiller par des calculs de savant fou : tu as droit au même nombre de jours qu’un temps plein. (On ne réduit pas tes droits parce que tu ne bosses pas le mercredi !)
Le bonus des cadres et assimilés
Si tu es pharmacien adjoint ou préparateur assimilé cadre (coefficient 330), la convention collective te réserve une belle surprise.
Si tu justifies de 6 ans d’ancienneté dans la même officine, tu gagnes 2 jours ouvrables supplémentaires par an. Ton compteur passe donc de 30 à 32 jours.
La période d’acquisition
En pharmacie, on ne suit pas l’année civile (ce serait trop simple). Tu accumules tes jours du 1er juin de l’année N-1 (année dernière) au 31 mai de l’année N (année en cours).
Acquisition l’année d’embauche
Si tu arrives en cours d’année, pas de panique : tu cumules simplement tes droits de ta date d’arrivée jusqu’au fameux 31 mai de l’année N.
Exemple pour ce cas particulier : Julien a été embauché le 1er novembre de l’année N-1. Entre son premier jour au comptoir et le couperet du 31 mai de l’année N, il a bossé exactement 7 mois (novembre à mai inclus).
Le calcul est simple :
- 7 mois x 2,5 jours = acquisition de 17,5 jours de congés payés sur la période.
La convention collective étant généreuse, on arrondit au chiffre entier supérieur. Au 31 mai de l’année N, il y aura donc acquisition de 18 jours de congés payés sur la période.
Acquisition en cas d’arrêt maladie
Désormais, même en arrêt maladie “classique” (maladie non professionnelle), tu accumules des jours de congés payés :
- Les 2 premiers mois : Tu restes sur la règle de la convention collective (2,5 jours par mois).
- Après 2 mois : Tu passes à la règle légale de 2 jours par mois.
Petit bémol : Le législateur a quand même plafonné ça à 24 jours par an si tu es arrêté toute une année. On ne voudrait pas non plus que tu reviennes avec plus de vacances qu’un prof de philo, n’est-ce pas ?
2. La prise de congés : l’art de découper ses vacances

Maintenant que ton compteur est plein, il faut poser des congés. Mais attention, on ne balance pas ses 30 jours n’importe comment. La convention collective impose un découpage précis.
Le match “Congé Principal” vs “5ème Semaine”
Tes 30 jours de congés payés (= 5 semaines) se découpent en deux blocs distincts :
- A- Le Congé Principal => 24 jours ouvrables max :
Ce congés principal doit être pris entre le 1er Mai et le 31 Octobre de l’année N (année en cours) et possède les caractéristiques suivantes :
– Minimum 18 jours ouvrables impérativement continus (3 semaines pleines en continu)
– Maximum 24 jours ouvrables : les 18 jours ouvrables continus + 6 autres jours ouvrables (en continus ou non) durant la période. - Le bonus de fractionnement du congé principal
-Si le congé principal (entre le 1er Mai et le 31 Octobre de l’année N) doit impérativement comprendre 18 jours ouvrables en continu, tout ou partie des 6 autres jours peuvent être posés en dehors de la période principale (donc posés entre le 1er Novembre de l’année N et le 30 Avril de l’année N+1)
-Ce “fractionnement” du congé Principal donne droit à des jours de congés “bonus” (à poser eux aussi entre le 1er Novembre de l’année N et le 30 Avril de l’année N+1)
> 2 jours de congés bonus si tu poses l’ensemble des 6 jours en dehors du congé principal
> 1 jour de congés bonus si tu poses entre 3 et 5 jours en dehors du congé principal
> 0 jour de congés bonus si tu poses entre 1 et 2 jours en dehors du congé principal - B- La 5ème Semaine de congés payés => 6 jours ouvrables :
Ces 6 jours de congés doivent être pris impérativement en dehors de la période principale donc entre le 1er Novembre de l’année N et le 30 Avril de l’année N+1. - Et si on prenait un exemple pour résumer tout ça ?
Marie a 30 jours ouvrables de congés à prendre :
-Lors de son congé principal (24 jours ouvrables max), elle pose 21 jours ouvrables : 18 jours ouvrables impérativement continus au mois de juillet + 3 autres jours ouvrables au mois d’Aout.
-Il lui restera donc 3 jours (24j max – 21j posés) de fractionnement à poser entre le 1er Novembre de l’année N et le 30 Avril de l’année N+1
-Ces 3 jours de fractionnement lui donnent droit à 1 jour de congés bonus à poser également entre le 1er Novembre de l’année N et le 30 Avril de l’année N+1
-Enfin, il lui restera encore 6 jours ouvrables (au titre de la 5e semaine de congés payés) à poser également entre le 1er Novembre de l’année N et le 30 Avril de l’année N+1
Choix des dates et priorités : qui gagne à la fin ?
C’est le moment où l’ambiance au comptoir peut devenir un peu électrique. Qui part en premier ?
- Spoiler : L’employeur a le dernier mot
Désolé de casser l’ambiance, mais le dernier mot revient au titulaire. C’est lui qui fixe l’ordre des départs en fonction des nécessités du service.
Par exemple, il ne peut pas laisser partir tous les pharmaciens d’un coup (la loi exige une présence pharmaceutique pour ouvrir). - Le barème des priorités entre salariés
Pour trancher entre toi et ton collègue si vous n’arrivez pas à vous entendre, la loi et la convention collective imposent des critères priorité qui sont dans l’ordre :
1- La situation de famille :
> Présence au sein du foyer d’un adulte handicapé ou d’une personne âgée en perte d’autonomie
> Présence au sein du foyer d’enfants à charge
> Congés du conjoint externe à la pharmacie : si son entreprise a des dates de fermeture annuelle ou si ses dates de congés sont imposées (professeur, militaire…)
> Les conjoints (mariés ou pacsés) travaillant dans la même pharmacie ont droit à un congé simultané.
2- L’ancienneté
À situation familiale égale (par exemple deux parents d’enfants en bas âge), c’est celui qui a le plus d’ancienneté dans l’officine qui choisit en premier.
3- L’activité multi-employeurs
Si tu fais des remplacements ou un mi-temps ailleurs, les patrons doivent s’accorder pour que tes repos coïncident. Si ce n’est pas le cas c’est souvent le planning de l’employeur chez qui tu fais le plus d’heures qui finit par donner le “la”.
NB : Pendant tes congés payés, ton contrat est suspendu pour tous tes employeurs. Travailler pendant ses congés est illégal et peut même justifier un licenciement. - Délais de prévenance : pas de surprise de dernière minute
Si l’employeur a le dernier mot concernant l’attribution des congés, celui-ci doit quand même respecter certains timings et délais de prévenance :
> Avant le 1er Mars : Ton titulaire doit informer toute l’équipe de la période de prise des congés (en gros : “Les gars, vous pourrez poser votre congé principal entre mai et octobre”)
> Au moins 2 mois avant : Si ton officine a l’habitude de fermer totalement pour vacances annuelles, le patron doit prévenir l’ensemble du personnel au moins 60 jours avant. Pas question d’apprendre que la pharma ferme la veille pour le lendemain !
> Au moins 1 mois avant : C’est le délai ultime pour que ton employeur te communique tes dates définitives.
–Avant ce délai : Il peut encore modifier tes dates.
–Après ce délai : Les dates sont gravées dans le marbre. Il ne peut plus rien changer, sauf “circonstances exceptionnelles” (et non, “j’ai oublié de commander le stock de crème solaire” n’en est pas une).
3. Le décompte des congés : on décode le casse tête

C’est le moment où tu sors ta calculatrice et où les tensions peuvent monter. Entre les samedis et les jours où tu ne travailles pas d’habitude, c’est vite un sac d’embrouilles si on ne connaît pas la règle du jeu.
C’est quoi, un “jour ouvrable” en officine ?
Pour bien compter ses congés payés, il faut d’abord parler la même langue que ton titulaire. En pharmacie, on compte en jours ouvrables. Un jour ouvrable, c’est tout simplement chaque jour de la semaine, sauf :
- Le jour de repos hebdomadaire (le dimanche, généralement).
- Les jours fériés habituellement non travaillés dans ton officine.
Concrètement, du lundi au samedi, ce sont des jours ouvrables. Même si l’officine ferme le lundi matin ou si tu ne travailles jamais le samedi après-midi, ces jours comptent comme des jours ouvrables.
La règle du “1 jour ou rien”
Oublie tout de suite l’idée de poser une demi-journée pour aller à un rendez-vous ou accompagner une sortie scolaire. La convention collective est formelle : les congés payés se prennent obligatoirement par journées entières.
Si tu t’absentes seulement quelques heures, tu devras soit t’arranger pour récupérer ton temps, soit poser une journée complète. C’est un peu raide, mais c’est le tarif.
La règle d’or : du premier jour d’absence au retour effectif
Pour compter tes congés payés, on ne pioche pas les jours au hasard dans le calendrier. On suit une ligne droite et très précise.
La règle est simple :
- On commence à compter à partir du premier jour ouvrable d’absence où tu aurais normalement du travailler
- On s’arrête de compter la veille de ton retour effectif à l’officine.
Entre ces deux dates, chaque jour ouvrable (du lundi au samedi hors jours fériés) compte pour un jour de congés.
Peu importe que ce soit ton jour de repos habituel, que tu sois à temps partiel ou que tu ne travailles normalement que 4 heures ce jour-là : un jour ouvrable entier sera décompté.
Un exemple pour que tout rentre bien :
Marine travaille normalement sur 4 jours, du mardi au vendredi. Le lundi et le samedi sont donc ses jours ouvrables de repos habituels.
Elle veut partir une semaine complète : elle termine donc de travailler un vendredi soir, sera absente le week-end suivant et la semaine suivante puis reviendra au comptoir le mardi d’après.
Détaillons le calcul du nombre de jours de congés qui vont être décomptés :
- Premier jour ouvrable d’absence où Marine aurait normalement du travailler : le mardi.
- Veille de son retour effectif à l’officine : le lundi suivant.
Le décompte final : Mardi, mercredi, jeudi, vendredi… mais aussi samedi et lundi (et oui même si ce sont ses 2 jours ouvrables de repos habituels). Total : 6 jours de congés décomptés.
Le couperet du 30 avril : la date de péremption
Tes congés payés ne sont pas éternels. Normalement, au 30 avril, tes jours non pris sont perdus (regarde donc bien tes bulletins de salaire pour savoir combien de jours il te “reste”).
Mais il existe trois “Jokers” :
- Le délai de 15 mois : Si tu as cumulé des jours pendant un arrêt maladie, tu as 15 mois pour les utiliser après ton retour. Ton titulaire doit d’ailleurs t’informer par écrit de ton solde.
- Le report de 3 ans : Si tu n’as pas pu poser tes jours déjà acquis à cause d’une maternité, paternité, adoption ou accident du travail, ils sont mis au coffre-fort pendant 3 ans maximum. C’est une spécificité de la convention collective de la pharmacie d’officine.
- Le refus de l’employeur : Si tu peux prouver que tu as demandé tes congés et que ton employeur les a refusés sans te proposer d’autres dates, ils ne sont pas perdus et il n’y a pas de délai limite pour les prendre (ou se les faire payer). Garde donc bien tes mails et tes écrits !
Vers des vacances (enfin) sereines

Voilà, tu as maintenant toutes les cartes en main pour ne plus te perdre dans les méandres de la convention collective.
Gérer ses congés en pharmacie demande un peu d’organisation, mais connaître les règles permet d’aborder le sujet avec sérénité lors de la réunion de planning. Alors, la prochaine fois que tu poses tes dates, fais-le avec le sourire car le sujet n’a désormais plus aucun secret pour toi.
Allez, range ce Vidal, ferme ton logiciel et commence à préparer ta valise. Bonnes vacances (en avance) !
N’hésite pas à consulter nos autres articles sur Epitop pour piloter ta carrière en pharmacie avec sérénité !

